VOLET 4/5

le symbolisme, je devrais dire; la révélation de tous ses symboles qui se rattachent à la construction d’un Temple dirigé par Salomon demande une ouverture d’esprit et de réciprocité qui est la base même de notre fraternité:
 » Je ne partage pas tes idées, mais je me battrai à tes cotés pour que tu puisses les exprimer ».
remember mon F!

cher GM, tu as la parole.

…/…

Deuxième Voyage : Pendant que le Grand Hospitalier lit Néhémie 10,39, le Premier Grand Surveillant dit

« Je verse du vin dans cette Loge, en signe de joie et d’allégresse.»

Là aussi toutes les traditions se sont emparées du vin et de sa symbolique, aussi riche que délirante :

-Dans des rituels anciens, il symbolise l’intelligence,
-Il est le “ sang de la vigne ”, breuvage plein du feu vital,
-3000 ans avant .J.C. il représente les “ yeux d’Horus ”,
-Avec Dionysos ou Bacchus, il relevait d’une pratique cultuelle et devait provoquer l’union avec le dieu de l’Extase,

-Sous la devise « in vino veritas » , il servait à démasquer les menteurs,

-Les alchimistes appellent parfois Hermès le vendangeur de l’élixir de longue vie et ils nomment le vin eau de vie qui brûle, Cette conjonction de deux principes antagonistes de l’eau qui brûle, renvoie à la définition des deux éléments, l’eau et le feu, et au thème de l’androgyne primordial et éternel,

-En islam, s’il est un don malfaisant des anges, il permet aux élus d’Allah de s’abreuver au fleuve du Paradis d’où coule le vin qui ne rend pas ivre,

-Cependant chez les mystiques soufis, le vin est exalté comme le symbole de l’accès a l’amour de la divinité. Un grand soufi disait :

« avant qu’il y eut en ce monde un jardin, une vigne et du raisin, notre âme était déjà enivrée du vin immortel »,

-Enfin dans la Bible, le vin est employé 209 fois, 177 fois dans le Premier Testament et 32 fois dans le Deuxième. Nous allons donc essayer de déchiffrer quelques-uns des symboles et des allégories qui s’y rattachent
Comme nous l’avons vu en introduction, le vin apparaît pour la première fois dans la Genèse (9). Noé découvre la vigne et s’enivre de vin au moment au toute la Création est sous les eaux du Déluge. Alors que devenir, que transmettre après la catastrophe ?

Une des possibilités serait de fuir, de quitter l’histoire des hommes, mais Noé choisit de fuir dans l’ivresse, comme pour prendre distance d’avec la complexité du monde. De plus, au lieu d’aider ses enfants, Sem, Ham et Japhet à supporter l’après Déluge, il fait comme ses ancêtres, Adam face à Eve et Caïn face à Abel, il ne parle pas, il dort, il offre le silence.

Pour rattraper ce dysfonctionnement, le vin sera interprété plus tard comme une réparation. Le vin est donc à la fois un dysfonctionnement et une thérapie, à la fois confusion, puis rémission des péchés.

On notera que l’histoire permit à Sem et à Japhet de retourner le processus en positivant le dysfonctionnement ; même Ham sera, lui aussi, à l’origine d’une possible rédemption par génération interposée en nommant son quatrième fils Canaan.

Un Midrash dit que le vin a réjoui le cœur d’Enoch, quatrième fils de Shet, lui-même troisième fils d’Adam et Eve, comme si Enoch savait prendre le vin qui ne trouble pas. Mais cela est une autre histoire !

Voilà comment, après l’histoire de Noé, le vin sera plus tard étroitement lié à la volonté de réhabiliter l’identité paternelle, le sang de la descendance. Ne plus boire, c’est transformer le vin en sang.

“ Ceci est mon sang ”

a dit Jésus, comme peut inscrire la Parole dans l’ordre de la transmission.

En hébreu le vin se dit yayin, avec deux yod en répétition de la première lettre du Tétragramme. Le vin est donc la recherche de l’essence même du Créateur.

Mais yayin a pour valeur numérique 70, comme le nombre des nations du monde, c’est-à-dire que le vin amène à la connaissance universelle ; il enrichit, mais il disperse aussi, comme l’ont été les nations.

Quand Jésus dit :

« J’ai désiré d’un grand désir »,

il donne au désir ce sens du manque que nous avons évoqué pour le pain; voilà pourquoi le désir absolu et infini de Dieu est représenté par le vin, parce que sa valeur numérique 70 équivaut aussi au sod (infini).

Ainsi ce nombre 70 prend des dimensions particulières, il touche à la connaissance infinie avec le sod et à la notion de dispersion, de diaspora avec les 70 nations du monde. Le vin de la connaissance est donc ce qui disperse l’homme, c’est la fuite de l’homme par rapport à l’essentiel. Là aussi paradoxe, mais aussi équilibre entre une vertu positive et son dysfonctionnement.

Un commentaire talmudique dit que le vin est une nourriture unique qui alimente en même temps le corps et l’esprit. Tout comme la respiration dans sa double fonction : à l’inspiration je reçois et à l’expiration je transmets. Le relais se passe donc entre la mémoire, celle du souffle, et l’histoire, celle de la transmission.

Concernant la transformation de l’eau en vin, évoquée seulement par Jean (2,1-12) dans son récit des noces de Cana, on constate que la transformation s’est opérée dans six jarres. Pourquoi quand on sait que c’est le chiffre 7 qui définit l’accomplissement ? Les six jarres seraient donc, comme les six Jours de la Création, le signe de l’inaccompli.

Il appartient donc aux disciples, ceux de Jésus comme ceux de l’humanité, de parachever l’œuvre divine. C’est par l’acte des “ serviteurs ” que les miracles s’accomplissent.

Chaque épisode miraculeux a ses relais entre la Parole et ceux qui exécutent la Parole. L’homme est l’artisan de l’histoire. Ainsi, la transformation de l’eau du Nil en sang est exécutée par Moïse ; la multiplication des pains et la transformation de l’eau en vin fut faite grâce à la médiation des disciples, etc.

Le Talmud dit que le monde futur est celui dans lequel on retrouvera le goût du vin gardé dans les grains de raisin depuis la Création. Et comme, aujourd’hui, le goût du jus que nous avons dans la bouche n’est pas celui qui est dans le grain, nous devons viser à retrouver le goût originel.

Telle est la leçon du 2° voyage du rituel de Consécration.

…A suivre

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VOLET 3/5

Pierre nous présente ce 1er voyage que va effectuer le Grand Maître, qui représente  (je le rappelle à celui qui l’aurait oublié), le Roi Salomon.

…/…

Premier Voyage : Le Grand Maître répand du blé en signe de fécondité et d’abondance.

Tiré du psaume 72, de la catégorie des psaumes royaux, l’épi de blé symbolise le roi Salomon ses attributs divins et, dans ce premier voyage représente le Grand Maître qui, tel une divinité de la fécondité, va rendre la Loge fertile.

Pratiquement toutes les traditions ont donné un sens au blé ou à l’épi de blé :

– L’épi de blé représente l’Arbre de la Connaissance, dans tout ce qu’il implique comme symbole du cycle de la mort et de la résurrection.

– On le retrouve comme emblème d’Osiris, dieu mort et ressuscité.

– Les mystères d’Eleusis l’évoquent à travers le personnage fabuleux de Déméter.

– Jean, dans sa parabole du grain de blé, le représente comme germe de mort et vie éternelle.

Associé au grade de Compagnon, l’épi de blé se définit dans le sens de la multiplicité des grains de l’épi.

Le blé peut être compris comme un rite de manque plus que de présence ; il est rite du manque de Dieu. En effet, dès les moissons on rappelle l’absence par une symbolique particulière, les gerbes tombées des charrettes à blé ne doivent pas être relevées, elles appartiennent aux pauvres. Du blé, après qu’il a été moulu, doit être prélevée la dîme et, quand le pain est cuit, doit se faire le partage. Tous ces rites marquent l’absence. Le monde ne m’appartient pas et en obéissant aux lois je me dépossède du pouvoir absolu. C’est le sentiment d’absence qui est divin en Dieu, plus que sa présence.

Le blé, évoqué 106 fois dans la Bible, doit aussi être interprété à partir du produit de sa séparation, à savoir le pain. Le pain est fait pour être partagé, il n’est pas ma propriété absolue. Sa fraction est une qualité essentielle, car le pain ne peut m’appartenir que dans le partage.

Rompre le pain doit s’interpréter avec les silences, les non-dits pour faire émerger le sens initial. Dès lors que je respecte la lettre du Texte, il importe qu’il fasse lien avec toute ma tradition pour modeler un visage particulier. Un visage qui donne à penser l’universel en évitant les pièges de la complaisance à l’égard de soi et de la confusion entre les valeurs.

Manger le pain me ramène à la manducation de l’Arbre de la Connaissance : manger me permet de satisfaire un besoin, connaître me permet de m’ouvrir à quelque chose au-delà de moi-même. Manger du pain, c’est donc dénouer cette confusion entre satisfaire un besoin et connaître pour transmettre.

Tout le rituel a pour objectif de sortir de la gratification du quant-à-soi pour entrer dans le souci de l’autre. Souci que l’on retrouve dans l’observation des prescriptions concernant les « pains de propositions », littéralement lehem hapanim, c’est-à-dire les pains de visage, les pains du face à face.

Les sociétés sans visage ne mangent pas de ce pain-là (si j’ose dire), leur travail n’est fait que pour satisfaire leur propre et égoïste complétude, leurs seuls besoins ; ce sont ces sociétés qui mangent de l’Arbre de la Connaissance.

Tous ceux dans l’histoire qui se sont rassasiés ont disparu, parce qu’ils ont mélangé manger et connaître.

De la même manière, le pain, dans la tradition chrétienne, représente la présence de Dieu. Le partage permet la construction de la communauté qui devient, comme dans l’Eucharistie, le corps de la Parole de Dieu.

Mais le risque est grand d‘imaginer atteindre directement la Parole de Dieu, dans son essence, dans son originalité primordiale, parce que je ne peux en avoir qu’une lecture, c’est-à-dire une interprétation ; le pain représentera alors non la présence de Dieu mais ma relation à Dieu.

Dieu donne par sa Parole, mais donner corps à la Parole c’est aussi entrer dans l’interprétation. Le Livre existe à partir du moment où le lecteur le fait exister, c’est le souffle du lecteur qui donne vie aux Textes (720 permutations possibles, donc 720 interprétations des six lettres, en hébreu, du premier mot de la Genèse : Béréshit).

Avec la Cène, on apprend que Jésus fractionna le pain azyme, celui de la Pâque juive qu’il célébrait, et le partagea avec ses disciples. Puis, avec le levain de chaque communauté, ensemble ils firent lever le pain.

Mon interprétation est donc synonyme de levain, la pâte humaine ne peut être levée qu’à partir de l’interprétation qui m’ouvre à la recherche du sens, ou plutôt des sens. je peux ainsi lire le Notre Père de Matthieu et de Luc :

« Donne nous notre pain de chaque jour »

comme le sens à donner à tous nos instants, comme la manne/questionnement que nous évoquions comme nourriture céleste nécessaire et suffisante à chaque jour.

Il en va de même pour la bénédiction dite avant de manger, comme le rituel pratiqué avant d’ouvrir nos Travaux. Cette bénédiction me permet de réaliser que le monde n’est pas à moi, qu’il me faut introduire un temps et un espace entre ce monde et moi, là où l’autre s’inscrit par anticipation. C’est cela le partage.

Ainsi, quand le pain m’engage dans ma relation à l’autre par le partage, c’est la notion de transmission qui est en jeu.

La Parole de Jésus :

“ Faites-le en souvenir de moi ”

est évoquée une seule fois pour le pain par Luc (22,19) et deux fois pour le pain et le vin par Paul (Epître aux Corinthiens 11,23). Se souvenir se dit, dans l’hébreu de Jésus, zekher; c’est le rappel d’un devoir ou l’invocation de la Parole. Invoquer la Parole par le souvenir, c’est donc lui rendre sa signification symbolique par le rituel, qui évoque ce qui est en moi sans que je l’aie oublié.

Quand je pratique le rituel de Pessah en souvenir de la Sortie d’Egypte, comme cela fut fait lors de la Cène, je donne toute sa signification au pain azyme, au pain sans levain. Je fais revivre la mémoire de la transition entre l’esclavage et la liberté, celle qui me contraint à m’assumer.

Le pain azyme symbolise la rupture d’avec tout ce qui était la pâte d’hier, car tout pain levé implique qu`il a perdu toutes les autres manières de lever par l’effet d’un seul levain. Faire lever la pâte humaine, c’est encore un moyen d’interpréter la Parole comme les façons infinies de faire lever le pain.

Jésus disait :

« méfiez-vous du levain des Pharisiens »

et Paul disait aux Hébreux

« parce que vous êtes azymes ».

En effet, chaque homme est son propre levain, celui qui lui permet d’amener le projet origine encore plus loin, encore plus haut. Dieu attend que l’homme enrichisse son œuvre.

Cependant, même s’il y a du mauvais levain qui engendre la perversité, on ne peut pas dire qu’il existe un bon levain tout seul. C’est avec le levain des autres, dans la communauté, que je peux participer au lever de la pâte, au polissage de ma pierre pour qu’elle prenne sa place parmi les autres pierres de l’édifice.

Pour faire passer en acte tout ce qui est en puissance en moi, je sais que chaque levain est particulier, qu’il n’y a pas un levain universel et qu’il faut savoir revenir à la pâte azyme originelle pour se ressourcer et rechercher de nouveaux levains, ceux qui m’engagent à féconder l’avenir, à lever de nouvelles possibilités d’être et de penser.

Mais fraction et partage ne se conçoivent qu’à partir de ce que l’on a vu du rituel, qui est à la fois résurrection et signification, au-delà de la mémoire, comme le double sens donné au mot religion : relire et relier, c’est-à-dire savoir transmettre tout ce qui nous relie par la relecture.

« Je répand du blé dans cette Loge, en signe de fécondité et d’abondance. Puissent les bienfaits de la morale s’accroître sous ces auspices et fructifier au centuple. »

Ainsi conclut le Grand Maître à la fin de son premier voyage.

…A suivre

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VOLET 2/5

Avec cette deuxième parti, Pierre nous prépare à faire ses 4 mystérieux voyages en nous donnant le sens et la signification de chacune des 4 espèces.

…/…

Avant d’étudier chacune des espèces, analysons ce couple tout à fait particulier entre le produit du blé qu’est le pain et le produit de la vigne qu’est le vin.

Le pain apparaît pour la première fois dans la Genèse (3,19) quand Dieu dit à Adam :

      « Tu mangeras du pain à la sueur de ton visage. »

Le vin est évoqué un peu plus loin avec Noé dans la Genèse (9,21) :

« Il planta une vigne et il en but le vin, s’enivra et se trouva nu. »

Le pain et le vin apparaissent donc séparément et dans des contextes particulièrement négatifs.

Puis, au chapitre 1,4, ils apparaissent ensemble, en même temps que Melkidtsedeq (le Roi de Justice, melekh : roi et tsedek : justice) quand il offre à Abram (qui n’est pas encore Abraham) le pain et le vin en guise d’hospitalité.

Dans ce chapitre, le pain et le vin forment un couple tout à fait particulier, aussi liés entre eux que le ciel et la terre. Un Maître du Zohar écrivait d’ailleurs que

« Les cieux et la terre ont été engendrés par le pain et le vin. »

Nous verrons comment ce peuple pain/vin va nous apprendre à appréhender avec prudence l’homme qui se pose comme sujet premier de l’histoire, comme s’il occultait sa mémoire et la mémoire des leçons de la Création.

La religion, dans son sens de religare, nous incite à ne pas nous fier seulement à la mémoire de l’autre, mais à travailler notre propre mémoire d’histoire pour élaborer un projet de vie commune. Ce travail est à faire chaque fois que nous devons entrer dans l’Alliance. Dans ce cas, c’est le bon vin qui fait travail de mémoire, le mauvais vin l’efface. Le pain, lui, construit l’histoire, il est l’art du partage du monde, il tisse le lien social et permet de « faire l’histoire ensemble ». Ce couple pain-vin devient donc nécessaire pour briser l’individualisme, celui créé par le manque de transmission et qui nous fait nous demander « que faire de la parole des pères » ?

Dans ce couple, le vin est le sens, la part du signifié ; le pain ce qui porte le sens, le signifiant. Nous devons donc apprendre à ne pas couper l’arbre mémoire des racines de l’histoire et comment envisager, dans le principe de partage, de donner sens à la communauté et à l’aspect inaltérable du lien social.

Toute la force du message maçonnique est comprise dans cette allusion et dans la logique éthique, celle qui nous fait regarder l’autre comme s’il était unique et non global.

Pour bien comprendre ce symbole du partage, de la brisure, on part de la préparation du pain et du vin. Pour faire le pain, on sépare l’écorce de la graine et pour faire le vin, on sépare la pulpe de la peau. On ne peut donc obtenir ces produits que par séparation.

Il s’agit là d’un thème majeur, car le paradoxe de la séparation, de la brisure, c’est l’Alliance (Alliance et brisure s’entendent en association dans le mot hébreu Brith-mila).

On retrouve d’ailleurs ce paradoxe dans l’étymologie du mot symbole : sum-bolon : remettre ensemble ce qui était séparé, comme la brisure qui appelle à la reconstitution, à l’alliance. Voilà pourquoi à l’opposé de « symbolique » apparaît « diabolique », mot qui vient de dia-bolon : laisser séparé ce qui est séparé, ce qui implique cette impossibilité diabolique d’être ensemble.

De la même manière, avec le couple pain-vin nous allons apprendre à réconcilier les phases du temps. Le pain est le symbole du temps présent, il a une durée de vie limitée, il doit être consommé dans L’instant; le vin au contraire a besoin du temps, il a besoin de vieillir, il est comme la sagesse, le symbole du futur.

Le couple, par le jeu alchimique des couleurs, représente aussi la réconciliation des sentiments : le pain blanc est la terre, la miséricorde, le vin rouge sang est le feu, il est couleur de justice et de rigueur.

On peut ainsi mieux comprendre, peut-être, le sens du symbole : ce n’est pas le principe de totalité, mais bien la brisure qui permet toutes les réconciliations possibles : être ensemble, harmoniser le temps, associer les Couleurs et les sentiments, etc. Nous existons dans ces espaces que suggère le dialogue, nous nous construisons dans les silences du Texte, nous espérons par la sensation du manque (Lacan disait « le manque me manque, je suis comblé »).

Essayons maintenant de comprendre la signification de chacune des espèces, à travers les différents voyages.

…A suivre

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VOLET 1/5

Préface. 

      C’est un honneur de présenter ce travail, écrit par Pierre en 1999. Nous aurons le privilège de lui demander en live, son « commentaire », sur cette planche écrite il y a plus de quinze ans.                                                                                                                                         Il nous a dit, dans le post précédent que sa pensée sur Dieu avait évolué, pour en arriver à un point d’ ?                                                                                                                                      Ce ? est une question. Aurons-nous un jour la réponse !

Je vais vous le présenter en 5 parties. Un épisode chaque matin, car il demande une profonde réflexion, et vous avez toute liberté pour en commenter chaque volet.

 GM, nos yeux sont prêts à vous écouter.

LES QUATRE VOYAGES DU RITUEL DE CONSECRATION D’UNE LOGE. ETUDE DE LA SYMBOLIQUE DES QUATRE ESPECES :

LE BLE, LE VIN, L’HUILE ET LE SEL

par Pierre BENZAQUEN

Le rituel de Consécration de Loge, tout à fait particulier à la Maçonnerie régulière, est certainement l’un des plus beaux et des plus riches en symboles que nous ayons à pratiquer. Peut-être parce qu’il recrée l’ordonnancement de cérémonies religieuses telles qu’elles étaient pratiquées au Temple du temps de Salomon, maintenant ainsi un lien étroit entre la Franc-Maçonnerie et le sacré.
Nous évoquerons, à travers les quatre voyages de ce rituel, tous les thèmes qui fondent la réalité de la Franc-Maçonnerie d’aujourd’hui, celle qui s’appuie sur des symboles dont le message, clair et compris de tous, doit pouvoir se lire dans nos actes de chaque jour.
La force du rite est de construire l’histoire et de façonner la mémoire. Nous, maçons théistes, nous avons la mémoire originelle. Elle doit donc, par les symboles que nous avons en commun, nous permettre de vivre de façon particulière notre fraternité universelle.

Le rituel de consécration et son déroulement

Il faut préciser que la cérémonie rappelle les efforts de ceux qui entreprirent la construction du Temple de Jérusalem. Consacrer une Loge, c’est évoquer la consécration du Temple de Salomon et, avec lui, les personnages essentiels que furent Salomon, fils de David, Hiram, Hiram Abi. A noter que la construction du Temple n’est pas “ légendaire ”, comme il est indiqué dans le rituel, mais doit se lire comme un fait historique, auquel nous devons apporter l’interprétation maçonnique par la voie du symbole qui nous est propre. La Loge est une image du Temple et, si elle n’est pas le Temple, elle en a néanmoins gardé l’attestation de la présence divine.

Après l’ouverture en Tenue de Grande Loge, les Grands Officiers Installateurs vont lire des prières et des passages de l’Ecriture Sainte, particulièrement du Livre des Rois et du Livre des Chroniques, issus du Premier Testament et axés sur le double thèmes de la « pierre angulaire » et du Temple de Salomon.

Avec la lecture du Psaume 133 de David,

          « Hiné ma tov houma naïm, chevet ahim gam yahad »

(Oh ! qu’il est agréable, qu’il est doux pour des frères de demeurer ensemble).

Apparait, à cet instant du rituel, un élément essentiel de la liturgie juive et plus tard chrétienne, je veux parler de l’onction qui préfigure la messianité et que le Grand Hospitalier évoque comme “ la vie pour l’éternité ”. Nous analyserons plus loin ce point important avec l’étude de l’une des quatre espèces, l’huile.

Mais c’est avec la lecture du merveilleux passage du Second Livre des Chroniques que se met en place toute la symbolique de la Consécration : construire un Temple à la Gloire de I’EterneI. Pour ceux qui l’auraient oublié, rappelons que ce Temple avait pour vocation d’abriter l’Arche d’Alliance.

Quand l’Arche d’Alliance était nomade, la Parole de Dieu n’avait pour tout abri dans le désert qu’une tente bien fragile. La Parole était alors tout près des hommes, elle marchait avec eux.

Et voilà qu’en construisant un Temple à la Gloire de l’Eternel, on va donner une Maison à la Loi; on va la sédentariser. Quel enseignement pouvons-nous tirer de cette révolution considérable ? Si, en effet, la Loi a eu besoin de se fixer, n’est-ce pas pour permettre aux hommes de prendre le relais et d’être à leur tour les traducteurs vivants et itinérants de la Parole en actes ?

Les quatre voyages que vont entreprendre les Grands Officiers Installateurs ne sont pas sans nous rappeler les quatre voyages et les quatre épreuves que va subir le futur initié. Cependant, il faut noter que les quatre espèces qui sont invoquées dans le rituel de consécration viennent toutes de la terre : le blé, le vin, l’huile et le sel.

Nous pouvons déjà dire que tout ce qui vient de la terre et par là même du travail des hommes – ne doit pas être compris comme notre propriété, mais comme le fruit du partage. Thème que nous retrouverons tout au long de cet exposé.
Voilà pourquoi notre rituel se présente comme une louange, telle qu’évoquée par Luc.

        « Il prit du pain puis, après avoir rendu grâce, il le rompit »

et par le Midrash :

         « celui qui consomme le fruit de la terre sans bénédiction est considéré comme un voleur. »

Eucharistie et sa traduction hébraïque halel signifient louange.

C’est donc dans cet esprit de louange que nous allons accompagner le Grand Maître, qui porte la corne d’abondance contenant le blé, et le premier Grand Surveillant, qui porte l’amphore contenant le vin, dans les deux premiers voyages de Consécration.

Durant ces voyages on parle d’une légende où pleuvaient le blé, le vin et l’huile. Cette manne nous apparaît donc comme celle dispensée par Dieu lors de l’exode dans le désert – (manne se traduit en hébreu par « qu’est-ce que c’est »).

Ne peut-on pas imaginer que les Hébreux aient, pendant quarante ans dans le désert, mangé du « qu’est-ce que c’est », consommé du « questionnement » ? Alors, apprenons à notre tour, comme eux, à goûter de la question l

Puisque nous puisons notre symbolique dans ces épisodes bibliques, il faut savoir que la manne ne devait satisfaire que les besoins vitaux quotidiens, les réserves n’étant pas permises. On pourrait donc résumer ces voyages par l’adage bien connu :

« aide-toi, le ciel t’aidera ».

… A suivre

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DIEU ET LA SCIENCE

La Science est-elle connaissance de Dieu ?

La Science peut-elle être connaissance de Dieu ?
« L’homme moderne a tendance à ne voir dans le progrès qu’a permis la Science qu’un moyen d’améliorer toujours plus son confort, de satisfaire toujours davantage ses désirs, de faire ce que ses prédécesseurs n’ont jamais pu faire avant, effacer l’espace et le temps. N’y aurait-il que des mystères physiques dans le monde que la Science aurait encore toutes ses vertus. Mais il y a d’autres mystères, impossibles à nommer. L’un des plus grands est sans doute la liaison qui semble s’établir entre elle-même et la métaphysique, l’éthique et même le théologique. Les positivistes, héritiers d’Auguste Comte et du XIXe siècle industriel, vont contre ce modèle ; il n’empêche que le paradoxe extraordinairement heureux de notre époque est que la Science, en s’enfonçant toujours plus dans le mystère du monde, va de plus en plus loin dans le mystère de la Création.
La question de l’origine, et donc de la fin du monde, se pose à chaque tournant que prend la Science aujourd’hui. Longtemps les savants » purs et durs « , dont Einstein, ont affirmé que l’univers, étant stable, existait et existerait de tout temps, ce qui le rend éternel à l’homme. Dans cette éternité farouche, l’homme n’aurait plus qu’à tirer son épingle du jeu comme il le peut sans se poser de questions métaphysiques ou, pire, eschatologique. D’aucuns s’en arrangent en masquant la réalité de leur angoisse profonde, les autres s’en détachent en se réfugiant dans un animisme scientifique où l’objet vivant devient à lui seul un dieu provisoire.
Les savants d’aujourd’hui ne peuvent plus se cacher ni cacher à l’humanité que l’étude des phénomènes naturels et du plus important d’entre eux, la vie, les plonge dans un abîme de perplexité, celui de l’existence de Dieu. Or, si Dieu est, il ne peut avoir ni fin ni commencement et, s’il n’est pas, il est à la encore  » singularité » et « éternité « . Ce que la Science nous apprend, c’est que Dieu serait partout à la fois comme. » singularité  » et « éternité  » étant susceptible d’être le début et la fin de chaque chose en même temps.
A la recherche de  » l’ici et du maintenant » bien maîtrisé par toutes les formules possibles, la Science découvre des réponses à des questions qu’elle ne se posait pas et soulève des questions là où elle croyait avoir les réponses: c’est la découverte d’un » au-delà de tout « , parfaitement cohérent et incohérent à la fois, explosant au visage des scientifiques. De là à dire que la Science pourrait rendre compte du visage de Dieu, il y a un monde, le monde, mais force est de constater qu’en s’enfonçant dans la matérialité, elle tombe inévitablement sur la spiritualité. Nous ne sommes pas loin du Dante de La Divine Comédie, traversant le Diable de part en part, en réalité les ténèbres, par l’un des pôles de la Terre et débouchant à la lumière par l’autre, après s’être allégé symboliquement de sa part de matérialité. Celle-ci serait- elle le filtre qui nettoie l’homme de lui-même? Les intuitions de Teilhard de Chardin se vérifieraient-elles, qui disent que non seulement l’esprit est dans la matière mais encore que la matière devient perpétuellement esprit?
De nombreux savants s’accordent aujourd’hui, sur ce point, pour donner tort à ceux qui pensent que Dieu est une invention de l’homme, qui le découvre là où il le fait naître. L’homme serait-il capable, seul, d’une méta- physique de l’univers si la physique elle-même de celui-ci n’ouvrait pas le chantier? Aurait-il assez de métaphysique en lui pour trouver dans le monde celle qu’il y projetterait? Peut-il avoir conscience, en  » montant du singe « comme disait Teilhard, qu’il se constitue réplique amoureuse d’un démiurge créateur, si un tel créateur n’est pas inscrit dans ses gênes? Aujourd’hui les gênes parlent et l’ADN spirituel de l’homme est peut- être en cours de découverte : faisons en sorte que l’homme trouve ou retrouve ce que religare (relier) veut dire vraiment. La fraternité, l’universalité et la spiritualité, qui peuvent émaner de l’unité spirituelle de l’univers, font plus que rimer ensemble, elles se conjuguent pour un moment d’éternité en donnant au présent la légèreté de l’éternel et à l’éternel la densité du présent.»
Cet éditorial de Jean-Paul Holstein, préfaçait les cahiers de Villard de Honnecourt N°78.
Du beau monde dans cette édition : B.D’Espagnat – Th.Magnin – J.Staune – Trinh Xuan Thuan.

Alors VM, nous avions travaillé sur ce texte, car notre D.J de l’époque, GMP, offrait à chaque FF en chaire, ces cahiers. J’en possède une trentaine de numéros, nous avons de quoi voir venir !!!
Je pense que ce texte nous interpelle sur Science et Conscience ; la théorie de J.P Changeux, l’homme neuronal, et celle de Jean Staune,( il soutient que l’évolution n’est pas uniquement Darwinienne) sont deux cercles qui un jour peut-être, se réuniront !?
Beaucoup de FF et SS cliquent sur affidélis, mais peu souhaitent publier, dommage. J’avais préparé ce post en novembre comme roue de secours pour la fin d’année, il faudra bien un jour que théiste, déiste, libre penseur, puissent enfin non seulement cohabiter, mais aussi partager ensemble le pain, le vin et le sel de la terre, car si au commencement était le tohu bohu, j’ai bien peur que l’avenir ne soit qu’un perpétuel recommencement.

PS. Nous allons faire une semaine de silence sur la politique du monde. Avis aux amateurs !!!

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IL ETAIT UNE FOIS…

De Chrétien de Troyes à Saint-Ex, en passant par mon ami Kiné qui pour soigner un mal de jambes, pelote les seins de belles jeunes femmes, j’aime les histoires qui commencent ainsi.

Il était une fois, 13 siècles avant la naissance de ce petit Juif, qui depuis sert de départ à toutes les horloges de la terre ; quelques civilisations, tribus ou nomades suivant leurs maigres troupeau ; une région qui deviendra le socle des trois grandes religions monothéistes encore en activité ; et même si la dernière veut anéantir les traces des deux premières de ce monticule de terre qui deviendra un jour le mont Moriah, personne ne peut nier l’Histoire Archéologique.

De ce pourtour de ma méditerranée, naquit Hattousa, Hittite, Mycènes, Crète, Alashya, Egypte ; et dans la partie qui nous intéresse, Haçor, Megiddo, Ashdod.

Franchement ! Qui se souvient encore de Haçor ?

« À l’origine, Haçor était une ville royale cananéenne (Jos 11,10). Elle est mentionnée dès le XVe siècle av. J.-C. dans les textes égyptiens et dans les lettres de Mari. Les livres de Josué (11,1) et des Juges (4,2.17) ont conservé le nom de Yabîn, l’un de ses souverains. Lors de la conquête israélite, la ville fut détruite (Jos 11,10-14) et annexée ensuite au territoire de la tribu de Nephtali (Jos 19,36). Les fouilles archéologiques confirment sa destruction à la fin de la période dite du « récent Bronze » (environ 1600 à 1200 av. J.-C.). La ville fut reconstruite et fortifiée par Salomon à cause de sa position stratégique: le roi d’Israël voulait contrôler le cours supérieur du Jourdain et protéger son royaume des invasions venues du Nord (1 R 9,15). Elle fut prise toutefois par Téglat-Phalasar III, roi d’Assyrie (2 R 15,29). Au IIe siècle av. J.-C., la plaine d’Asor (l’ancienne ville de Haçor qui n’était plus qu’une forteresse) fut le théâtre d’une victoire de Jonathan, le frère de Judas Maccabée (1 M 11,67). Situé à 15 km au nord de Gennésareth (voir la carte plus bas), le site porte aujourd’hui le nom de Tell-el-Qedah. »

J’entends déjà les cassandre de service dirent que la bible…patin, couffin ; ce sont des histoires !!!

Non Messieurs, ce sont des fouilles Archéologiques menées sous l’autorité incontestable de chercheurs du monde entier, qui prouvent l’existence des tribus de Juda et d’Israël, mots inscrits sur des fragments de tablettes égyptiennes et grecques, retrouvés, sur l’actuel emplacement de Jérusalem.

Il était une fois Ashod …

« La cité est l’une des cinq villes fondées par les Philistins dans l’antiquité et fut le centre du culte du dieu Dagon. Selon la Bible, c’est à Ashdod que les Philistins emmenèrent l’Arche d’alliance comme un trophée en l’honneur de Dagon, après une victoire à Afek contre les Hébreux autour de -1050. Le récit mentionne de grands désastres à Ashdod dus à la présence de l’Arche qui sera alors transférée à Gath puis rendue aux tribus d’Israël. »

Alors bien sûr, pour la troisième et dernière…

Il était une fois juda….

« Faisant partie du royaume de Juda, la Tribu de Juda survécut à la destruction d’Israël par les Assyriens, mais connut la Captivité de Babylone. Lorsque celle-ci prit fin, la distinction entre les Tribus se perdit au profit d’une identité commune. Puisque, dans le Royaume de Juda, Siméon et Benjamin tenaient une place très subalterne, c’est Juda qui donna le nom identitaire – d’où est venu le mot « Juifs ». Selon la tradition, la plupart des Juifs actuels sont issus de la Tribu de Juda… »

Voilà je ne suis pas un bon conteur, je vous l’ai déjà dit, je ne suis qu’un petit défenseur d’un serment prêté sur un VLS, et comme c’est le seul serment que j’ai validé de cette belle et forte manière, j’ai du mal, comme c’est beau parleur de l’ONU à renier la Parole que ces Puissants vous donnent, et tentent de vous reprendre avant même qu’ils aient fermé la bouche.

N’étant pas religieux, ni docte savant, je ne sais pas vraiment qui est ce petit Juif qui naquit il y a 2016 ans, mais la vue d’une crèche me met encore la larme à l’œil, et l’histoire au pays des ogres et des méchants ….me fait toujours très peur

Ah si je savais raconter les belles histoires ! Je vous dirai ce que veut dire Israël en égyptien ancien.

A l’année prochaine, mes BBCCFF et SS, si Dieu le veut ?

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Un conflit obsessionnel

Notre F Philippe nous rafraîchit la mémoire sur le conflit israélo-palestinien depuis son origine (selon la conférence du Rabbin Daniel Fahri ancien rabbin du Mouvement Juif Liberal de France MJLF) Chacun reconnaîtra l’impartialité de cette analyse qui dit les faits…
Non, il ne s’agit pas d’un pronostic pour le prochain quarté ! Vous l’aviez immédiatement deviné, c’est le numéro de la dernière résolution du Conseil de Sécurité de l’Organisation des Nations Unies adoptée le 23 décembre dernier. Elle concerne la politique d’implantation d’Israël dans les territoires occupés depuis la guerre des Six jours, en juin 1967. L’an prochain, cela fera donc 50 ans qu’Israël affrontait les armées de ses voisins arabes : l’Egypte, la Syrie, la Jordanie, le Liban, l’Irak qui rêvaient d’extirper ce qu’ils considéraient comme une verrue au sein du Moyen-Orient, l’Etat d’Israël créé en 1948. L’ONU – qui n’est pas beaucoup plus vieille qu’Israël, puisque créée en 1945 – a depuis lors consacré un nombre considérable de résolutions visant essentiellement l’occupation israélienne et la lutte menée par Tsahal, l’armée du jeune état, mais très peu le terrorisme palestinien dans ses différentes organisations. C’est ainsi et je ne m’appesantirai pas ici sur cette disproportion de traitement entre les belligérants. Ce n’est pas le sujet de ma réflexion.

Donc, l’ONU créée pour remplacer la Société des Nations, elle-même fondée au lendemain de la première guerre mondiale pour empêcher un nouveau conflit de cette ampleur et dont on a pu à juste titre mesurer l’inefficacité dans la survenue de la seconde guerre mondiale, a, en un peu plus de 70 ans, voté 2334 résolutions, soit environ 32 par an, et donc grosso modo 3 par mois. On ne peut certes pas accuser cette organisation mondiale de ne pas se réunir fréquemment, sachant qu’il faut de nombreuses semaines (voire mois) pour que le texte d’une résolution acquiert sa forme définitive et soit soumis puis voté par l’Assemblée Générale ou par le Conseil de Sécurité. Difficile de dire si, et combien, des conflits entre nations ont été évités grâce à ce que le général de Gaulle qualifiait ironiquement de « machin ». Force est de constater que si on a pu éviter (de peu) un nouveau conflit mondial, en revanche le nombre de conflits locaux depuis 1945 est ahurissant.

Bien, revenons à nos moutons. Que s’est-il passé depuis 1947 et jusqu’à nos jours dans cette partie du monde qui est proche à beaucoup d’entre nous ? Le 29 novembre 1947, l’Assemblée Générale de l’ONU votait la résolution 181 contenant le plan de partage de la Palestine alors sous mandat britannique. Il prévoyait trois états : un juif, un arabe et Jérusalem sous contrôle international. Ce plan fut adopté par 33 voix pour, 13 contre et 10 abstentions. Parmi les votes positifs : les Etats-Unis, l’URSS, la France, le Canada, l’Australie, la Belgique, le Danemark, les Pays-Bas. Parmi les votes négatifs : l’Arabie Saoudite, l’Egypte, Cuba, l’Inde, la Grèce, l’Irak, l’Iran, le Liban, la Turquie. – On connaît la suite (sauf apparemment certains médias). Les Juifs acceptèrent le plan de partage tel quel. Les Arabes le refusèrent.

Au départ des mandataires britanniques, David Ben Gourion proclama l’indépendance de l’Etat d’Israël le 14 mai 1948. Immédiatement les armées arabes coalisées l’attaquèrent. Ce fut la guerre d’indépendance que, contre toute attente, Israël remporta. Suivirent deux autres guerres, en octobre 1956 (où Israël se trouvait aux côtés des Français et des Anglais), et celle de juin 1967. C’est à l’issue de cette dernière qu’Israël occupa un certain nombre de territoires : la bande de Gaza, le Sinaï, la Cisjordanie, le plateau du Golan, et surtout Jérusalem-Est qui, malgré la résolution de l’ONU, était inaccessible aux Israéliens. Comment oublier ces images des jeunes soldats de Tsahal arrivant devant le Mur et le shofar retentissant ? Pour la génération de mon âge, ce sont des moments vécus dans la peur pour Israël et dans l’émotion.

Levi Eshkol, alors premier ministre d’Israël, déclara que les territoires occupés, à l’exception de Jérusalem-Est et du Golan, seraient restitués contre une paix en bonne et due forme entre Israël et les pays concernés. Ce fut le cas du Sinaï et de la bande de Gaza. Ce fut aussi le cas du sud-Liban. Hélas, dans ces territoires, ce furent des organisations terroristes qui prirent le pouvoir et qui ne cessèrent de harceler les habitants israéliens à leurs frontières. En parlant de harcèlement, j’ai conscience d’être largement en-dessous de la réalité. Ce furent – ce sont encore – des opérations meurtrières auxquelles l’ONU ou d’autres organisations internationales ne semblent pas porter une attention excessive, mettant toujours l’accent sur les représailles israéliennes à ces actions, omettant souvent d’expliquer l’origine de ces dernières.

Reste le problème, ô combien embarrassant, des implantations israéliennes dans les territoires occupés. Pour des raisons inexplicables, les gouvernements successifs de l’Etat d’Israël (de gauche comme de droite) ont laissé s’installer de façon pérenne, parfois même ont encouragé, des centaines puis des milliers de familles, puis des dizaines de milliers sur un sol qui devait être une monnaie d’échange avec les Arabes/Palestiniens. En installant des infrastructures à l’évidence non provisoires, en construisant des villes, Israël a créé une situation de non-retour et mis devant le fait accompli la communauté internationale. J’avoue mon désarroi devant ce casse-tête géopolitique. Ce d’autant plus que nombreux sont les habitants des implantations dont le rationnel consiste à dire qu’ils repeuplent des terres bibliques et qu’ils ne font que revenir chez eux. Leur vécu du judaïsme est très, trop fondamentaliste. Dès après la guerre des Six jours, Ben Gourion lui-même disait qu’entre les territoires et la paix, il choisirait toujours la paix. Yitshak Rabin, lui, mettait en garde certains habitants des implantations de ne pas prendre la Bible pour un cadastre. Celui lui a probablement coûté la vie.

La résolution 2334 du 23 décembre fait mal à tous les amis d’Israël. Elle rappelle en préambule les précédentes résolutions (242, 338, 446, 452, 476, 478, 1397, 1515 et 1850, de 1967 à 2008) « condamnant toutes les mesures visant à modifier la composition démographique, le caractère et le statut du territoire palestinien occupé depuis 1967, y compris Jérusalem Est, notamment la construction et l’expansion de colonies de peuplement, le transfert de colons israéliens, la confiscation de terres, la destruction de maisons et le déplacement de civils palestiniens, en violation du droit international humanitaire et des résolutions pertinentes ; constatant avec une vive préoccupation que la poursuite des activités de peuplement israéliennes met gravement en péril la viabilité de la solution des deux Etats fondée sur les frontières de 1967 », etc. – L’adoption de cette résolution a été rendue possible par l’absence du traditionnel veto américain. C’est le coup de pied de l’âne du président Obama, à quatre semaines de la fin de son mandat, au premier ministre israélien Benyamin Netanyahou. Peu importent les dessous de l’adoption de cette résolution. Ceux qui misent sur l’arrivée de Donald Trump aux commandes des Etats-Unis pour rétablir le fragile équilibre rompu par Obama devraient craindre que son impétuosité et ses manières peu polissées n’arrangent nullement les affaires d’Israël. En braquant l’opinion mondiale, il risque de mettre Jérusalem en mauvaise position. Face à la quadrature du cercle où Israël se trouve confronté, il faudra beaucoup de sagesse, d’intelligence du cœur et d’initiatives courageuses de ses dirigeants. On ne peut qu’espérer qu’ils s’inspirent de l’esprit de Hanouccah alliant la vaillance à la conscience d’une pensée juive authentique et d’une morale pleinement responsable.
Daniel Farhi.

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Amitié et Fraternité 3/3

Voilà. Après ces quelques considérations sur notre difficile cheminement en fraternité, je vous soumets maintenant un propos sur le deuxième volet délicat de notre sujet, à savoir l’amitié.

Notre pensée occidentale a toujours voulu fixer à l’amitié des limites raisonnables, quitte à la banaliser et à lui dénier toute exigence dans le rapport, comme dans le discours amoureux présenté comme seul détenteur du coup de foudre ou de la fidélité. Néanmoins, je commencerai ce travail par la belle déclaration de Montaigne au sujet de son très cher ami La Boétie. Voici ce qu’il écrivait : « Si l’on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne peut s’exprimer qu’en répondant : Parce que c’était lui, parce que c’était moi ». Voilà comment, en quelques mots rares, l’idée d’amitié peut prendre toute sa dimension, comment la force du sentiment peut se dévoiler dans une double reconnaissance de l’émotion et de l’indicible.

Mais malgré ces sensibles formulations, j’ai eu une vraie difficulté à ne dire que de belles choses sur l’amitié, tant les sentiments sont complexes et se complaisent dans le paradoxe des utopies où tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ! Et pour montrer que la candeur a quand même des limites, je vous invite à décoder ces fac-similés qui griment l’amitié à grands coups de méga-bits dans des Facebook où s’additionnent des relations impalpables, ou bien dans ces Bottins virtuels pleins de faux amis prétendument cooptés.

Dans cette recherche constante de la complicité amicale, nous sommes donc en permanence soumis à des enjeux délicats : ceux de la confidence, ceux de la mise à nu de nos états d’âme, ou ceux du don de soi. Mais face à la réalité, nous apparaissons tels que nous sommes, faits d’ombres et de lumière. Même les actes d’honneur, dans un temps qui n’a de grâce que pour les héros, peuvent sournoisement côtoyer la lâcheté ou le mensonge. Le regretté Pierre Desproges disait avec humour et fatalisme : « La caractéristique principale d’un ami est sa capacité à vous décevoir ».

Alors dans ce déficit de vertu amicale, on devine le conflit venir traquer sans répit l’amitié désemparée. Il n’est qu’à regarder ces amitiés passion qui vont jusqu’à la déraison ; ces amitiés exigeantes avec leurs douleurs et leurs emportements ; ces amitiés jalouses qui encadrent, qui balisent, qui clôturent ; etc. La barre est trop haute, trop chère, pour une amitié à mesure humaine,  simple, quotidienne.

C’est pourquoi les philosophes, en l’appelant Philia, Agapè ou Eros, l’ont colorié de tant de nuances dans lesquelles l’amitié et l’amour se retrouvent fatalement concurrents dans l’idée d’absolu dont nos fantasmes s’illusionnent. Imaginez le combat ! Dans un coin du ring, l’amour, vertigineux, violent, agressif à vous mettre K.O., et face à lui l’amitié, sereine, habile dans ses esquives et platoniquement confiante dans ses corps à corps. Qui peut en sortir  vainqueur ? La Bruyère nous disait d’ailleurs que « celui qui est épuisé par l’amitié, n’a encore rien fait pour l’amour ! » Cupidon a donc beau jeu de narguer l’amitié lascive étiolée dans sa léthargie du cœur ; et l’amitié fidèle, confidente, se plait de son coté à venir provoquer l’amour aveugle qui ne voit même plus les roses se faner.

Oui, le cœur a ses raisons que la raison ignore ! Rien d’étonnant alors à ce qu’elle se laisse circonvenir par les discrètes incursions de l’amitié sur les terres sensuelles et réservées de l’amour. D’ailleurs Freud ne s’y est pas trompé en faisant basculer l’amitié dans ce qu’il appelle la sublimation des pulsions sexuelles. Il décrit avec une certaine jouissance, des oscillations libidinales qui viendraient teinter de sensualité certaines amitiés qualifiées d’exceptionnellement denses. Certes, nos amitiés d’hommes libres et de bonnes mœurs se privent, probablement, de ce genre de sensations fortes. Mais que voulez-vous, à chacun sa quête !

Alors, au milieu de ces définitions imagées rien d’étonnant à ce qu’on ait besoin d’associer l’amitié à des épithètes pour mieux la brider. On parlera ainsi d’un bon ami, d’un faux ami, d’un petit ami, d’un ami de passage, d’un ami de raison, etc. Mais qui sont donc ces amis ? Sont-ils des semblables ou bien des étrangers ? Voilà posée la grande question de l’exercice éthique du « même » et du contraire, celle qui laisse libre court à ce que nous sommes sensés pratiquer le mieux en franc-maçonnerie, à savoir l’exercice du juste milieu, celui qui ne laisse rien au hasard.

Mais tout comme Dieu qui ne joue pas aux dés, nos rencontres et nos coups de foudre non plus ne trahiront pas l’inattendu ou les saveurs de l’émotion. Nos sentiments au long-cours sont insensibles au  formatage « prédestiné ». à l’horoscope matinal, au dernier des décans, au flash astral. Ils donnent de la valeur au temps, à l’instant. Ils s’épanouissent dans un discours partagé, continuellement entretenu. Ils réinventent un monde où les amis s’apprennent par cœur, se récitent et se citent, quitte à ce que leurs échanges s’automatisent dans le ronronnement des habitudes. Les amis peuvent ne rien avoir à dire, parce qu’ils ont simplement à être, à être là ; parce que l’ami est celui avec qui on rêve, on rit, on pleure, on invente, on conciliabule, on projette, pour transformer cette sensation de bonheur en actes parfaitement gratuits.

Ah ! Idéal quand tu nous tiens ! C’est si bon de se rassurer dans l’émotion ! Et pourtant les faits sont têtus, ils nous marchandent le bonheur béat, nous discutent ces états de bien être et nous déclarent sans ménagement que les conflits cachés dans les recoins de nos excès sont inévitables. Dès lors que l’ami est un autre, un autre Je égoïste, égocentrique, la faille est dans la nature même de l’amitié. L’identité « une » qu’elle revendique, construite sur le partage, aboutit inexorablement à la disparition de l’autre, tout simplement parce qu’il est autre. « J’aime mon ami parce qu’il est comme moi », voilà le genre de déclaration d’amitié qui met l’autre irrémédiablement en liquidation affective, puisque avant d’être, il était déjà moi. Oui, c’est le risque de l’ami prétexte, de celui avec qui nous n’avons d’autre lien que celui du souci de soi, de la conversation avec soi.

Voilà pourquoi, dans cette ultime chronique d’une déception annoncée, je veux me délivrer d’un éprouvant constat-sanction, aussi douloureux à dire qu’il fut pénible dans sa révélation : Nous perdons toujours l’amitié de ceux qui perdent notre estime.

Alors confrontés à ce qui apparaît être de dommageables évidences, plusieurs questions peuvent se poser. Peut-on encore avoir besoin d’un ami ? Un ami doit-il « servir » à quelque chose ? Un ami doit-il être « utile » ? Si donc on prend en compte ces échanges réciproques de bons procédés, les amitiés « service compris » sont évidemment suspectes. Enfermé dans notre égotisme, on serait tenté de se bricoler une situation de souffrance et de danger, uniquement pour mettre l’ami à l’épreuve. Va-t-il répondre dans l’instant ? Va-t-il se présenter en héros salvateur et accéder ainsi au sacrifice ultime ? Voilà tout le paradoxe de l’ami hypochondriaque qui ne cultive le bien-être qu’accouplé à sa douleur préméditée. Car une fois tombé malade d’amitié, pas question d’antalgique ! Sauf un, peut-être, imaginé par les philosophes qui, face à ces pathologies de l’affect, pensent avoir trouvé l’antidote, l’anxiolytique miracle et fataliste à la fois. Ils nous disent : Tant qu’à vivre avec les autres, alors autant que nous soyons amis !

Et voilà de quelle manière sont nées ces courses aux palliatifs amicaux, ces cyber-copinages sitcomisés de caricatures d’ados exubérants qui éclaboussent nos petits écrans du genre « Friends » et autres « Lofts ». Ca veut ressembler à de l’émotion, ça imagine avoir la couleur du sentiment, mais ce ne sont que des Canada-dry éventés de l’amour, de l’amitié ou de la fraternité. Oui, on a trop facilement laissé l’audimat formater les passions et le vulgaire broyer la sensibilité.

En fait, à travers ce zapping dans le champ miné des expressions sentimentales où la trahison est vécue comme une violence insoutenable, comme une déchirure à vif, je veux croire encore en l’amitié vraie, celle qui s’écrit avec ses amis, dans la durée. En cette amitié qui freine nos débordements juste avant qu’ils ne s’emballent, juste au bord du gouffre. J’ai encore envie de tourner la page des drames, de voler du temps au temps, de chuchoter pour que l’ami reste mon ami. Parce que l’amitié est un livre plus épais, plus dense que tous les volumes d’Arlequin.

Voilà le pari, le prix de l’exigence sentimentale qui nous donne la nostalgie de nos « récré », ces instants magiques où on a crié, joué, rit aux éclats sans ironie, sans tricher, sans mordre. Sommes-nous capables de payer ce prix ? Cette quête du sublime est-elle encore humaine ?

Autant de questions sans réelles réponses qui reflètent mon embarras dans l’énoncé de ces quelques réflexions, parfois raccourcies, écornées, et parfois même volontairement censurées. Mais peut-être témoignent-elles des cicatrices d’une amitié meurtrie, et d’une fraternité bafouée… Peut-être !

Alors au moment de conclure ce travail, je veux devancer votre frustration de ne pas avoir reçu de réponse directe à la question posée : « Monsieur, quelle différence faites-vous entre amitié et fraternité ? » Et bien le Monsieur vous dit qu’il n’en voit pas, ou peu. En effet, on aura compris que la façon binaire que j’ai eu de traiter notre sujet et les quelques timides tentatives de rapprochements entre ces deux approches sentimentales, montrent la difficulté de trouver une ligne de partage très marquée entre l’amitié dite choisie et la fraternité résolument responsable.

Mais comme les sophismes en la matière ne manquent pas, et qu’on peut tout dire, même son contraire, alors, dans cette dichotomie sentimentale où la passion est suspecte, c’est bien au cœur et à la raison qu’il faut laisser le dernier mot de nos émotions. Nous sommes si fragiles et si vulnérables !

Voilà mes frères et mes amis.

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Amitié et Fraternité 2/3

Attention, je tiens à préciser que toute ressemblance avec le contenu brûlant de blogs prétendument maçonniques, ne serait que pure coïncidence ! On doit d’ailleurs se dire que ces Da Vinci Codes de pacotille ne maintiennent en haleine que leurs auteurs, surtout quand on sait qui est Caïn et qui est Abel ! Vous noterez qu’Abel, se dit en hébreu Evel, le « souffle », l’évanescence, l’impalpable, le rien, et ce rien est l’excuse pour Caïn, l’aîné, de rester dans le mépris de ce rien à qui il n’a rien à dire. Alors il ne trouve rien d’autre à faire qu’à le tuer !

Mais alors, est-ce bien cette morale cynique que Dieu veut nous faire passer ? Celle d’une fraternité impossible ? Celle d’un partage illusoire ? Celle d’une altérité chimérique ? L’inconcevable réponse nous laisse face à notre angoisse de ce projet bâclé, figé dans un inachevé incompréhensible. Voilà peut-être pourquoi Dieu, en guise de mea-culpa, va noyer le brouillon de ses dix premières générations dans le Déluge et nous servir sans état d’âme des remakes du genre Caïn II ou Abel le retour, dans des mises en scènes toutes faites de fureur et d’autres violences fraternelles. Aujourd’hui, dix fois dix générations plus tard, les frères ennemis continuent de s’affronter sur fond de rivalités mimétiques, car nos identités faites de désirs concurrents, nous empêcheront longtemps encore de tirer des leçons claires à n’être en effet ni Caïn ni Abel.

Parce que dans ce terrible constat des dysfonctionnements de nos fraternités, nous nous retrouvons englués dans cette idée magma du « même », de l’identique, de la concurrence des semblables.

Il nous reste donc peut-être une solution, celle de l’intemporel éloge de la « différence ». Celle qui permet au projet divin d’un père unique, à n’avoir de sens que s’il est capable de produire de la diversité. Soyons conscients d’un fait intemporel : les dangers viennent, aujourd’hui encore, de cette fraternité uniforme et prosélyte qui recréerait une inévitable démesure par rivalité.

C’est donc à travers tous ces antagonismes fraternels, dénoncés par nos Bibles et nos journaux télévisés réunis, qu’on a vu souvent rejaillir les cornes du bouc émissaire, ce simili totem grimé en veau d’or encorné, interface expiatoire obligé entre nos désirs et la réalité. Et on va le sacrifier pour pouvoir nous abandonner sans scrupule à toutes nos violences si génétiquement humaines.

Alors quand je vous dis : « Aimez-vous les uns les autres » ; « Aime ton prochain comme toi-même » : « Ne fais pas à autrui… » ; Ou alors « Il n’y a plus ni juif ni grec ni homme ni femme ni esclave », n’entendez-vous pas dans l’écho de ces sentences, attribuées dans l’ordre à Jésus, à Marc et à Paul, une angoisse pour savoir quel est la véritable identité de ce prochain que ces icônes nous disent d’aimer ? N’entendez-vous pas les grondements lointains de toutes ces communautés d’appartenance qui drainent leurs dangers totalitaires et qui n’acceptent « l’autre » que dans sa soumission ?

Face au constat flagrant d’une liberté et d’une égalité autodestructrices l’une de l’autre, l’idée de fraternité, que nous sommes appelés à construire ensemble, apparaît alors comme le seul maillon capable, peut-être un jour, de sceller leur fragile compatibilité humaine. Voilà peut-être pourquoi la franc-maçonnerie, parmi d’autres philosophies, nous propose cette fraternité des différences, « potentiellement » capable d’œuvrer vers un idéal commun.

Pourtant, de prime abord le constat est sans appel, notre fraternité de choix est encore parfois méprisée et même objet de dérision. On la « tolère » comme s’il en fallait un peu, mais pas trop. Un homme politique, certainement bien intentionné, disait : « La fraternité ce n’est bon que pour les chrétiens, les francs-maçons et les imbéciles »…

Ce qui fait quand même pas mal de monde ! Et certains sont même allés jusqu’à mettre en doute la légitimité du mot fraternité dans la devise républicaine : Liberté, Egalité, Fraternité.

Pourtant, c’est dans la République des Lumières qui en fut l’instigatrice, dans ce XVIIIe siècle et culturel et révolutionnaire, qu’on trouva ses plus farouches partisans, mais aussi ses détracteurs les plus virulents. Pour ceux-là, le mot fraternité ne devait avoir aucune place dans l’idée politique, il apparaissait même comme une sorte de chimère abracadabrantesque voué à un « pschitt » pour le moins désobligeant ! Et le strapontin qui lui fut accordé, confirmait bien la volonté de voir cette idée révolutionnaire de fraternité reléguée dans la sphère strictement privée ou dans les parenthèses de la religion.

La machine institutionnelle, pourtant auréolée de ses vertus toutes neuves de liberté et d’égalité, ne souhaitait pas s’encombrer d’une fraternité qu’elle estimait d’ordre strictement moral, apanage, disait-elle, des seuls embrassades, effusions et bons sentiments. Elle décida alors que la fraternité ne serait qu’affaire de conscience et de morale individuelle et devait, à ce titre, se tenir loin de l’espace public. Judicieux conseil que nos voisins et néanmoins FF de la rue Cadet devraient méditer !

Disons donc merci à notre frère Anderson qui, en initiant un projet singulier, a relevé le défi d’une fraternité réfléchie, raisonnée et « théoriquement » raisonnable. N’oublions pas que dans la richesse des mots de nos rituels, nous sommes invités à retrouver le sens des messages et à les extraire du carcan étriqué des formules, pour reconstruire l’édifice trop souvent ébranlé de la plus ancienne idée fédératrice de la franc-maçonnerie qu’est notre fraternité.

Voilà pourquoi, face au délitement social où la fraternité n’est qu’illusion, nous devons être des acteurs vigilants. Si dans nos Loges le principe de fraternité est automatiquement acquis dès l’initiation, il reste à mériter l’essentiel, à savoir le  titre de frère, dans tout ce qu’il implique d’engagements : « Mes FF me reconnaissent pour tel… » Le Temple que nous sommes appelé à construire est vivant, chacun de nous en est donc responsable.

Emmanuel Levinas, dont j’ai eu le privilège de suivre l’enseignement, nous a mis face à cette responsabilité. Comme dans l’épreuve initiatique du miroir, il nous invite à voir au-delà de notre propre image. L’autre est « déjà là » nous dit-il, son « visage » nous interpelle. Alors quand la fraternité nous parle de cet autre, de l’exposition à l’autre, du risque de l’autre, Levinas nous martèle que si chacun doit s’assumer pour lui-même, il doit en même temps devenir responsable pour autrui.

Approfondir cet événement-avènement de la fraternité suppose donc d’entrer dans l’expérience sensible de la rencontre avec tout autre que soi, dans un « entre-nous » où le visage qui me regarde c’est celui de mon frère. Difficile fraternité en vérité, car nos démons sont à l’œuvre. C’est l’égo qui nous force la main à faire main basse sur l’autre, à le réduire pour marquer notre emprise ; et c’est son complice Narcisse qui nous arrache à cette fusion, vécue comme une véritable pathologie de l’identification. Oui, le risque c’est nous, l’ennemi que nous découvrons dans le miroir c’est nous. Nous qui tentons de nous frayer un chemin entre pouvoir et abnégation, entre ces ghettos responsables d’affects destructeurs : la peur de l’autre, la méfiance, le désir d’affaiblir, la comparaison vindicative, ou plus bêtement l’indifférence.

Quand Sartre disait « l’Autre c’est le diable »,  Claude Lévi-Strauss, le chantre de l’anthropologie structurale, promouvait dans sa « Pensée sauvage » une redoutable approche de ce qu’il appelait le Relativisme absolu, dans lequel il professait la mise sur le même pied d’égalité de toutes les cultures, en excluant toute idée morale de son postulat. Mais sans entrer dans une démonstration qui serait trop longue, il apparaît d’évidence qu’il nous faut prendre du recul face aux louanges d’un humanisme globalisant qui se voudrait exemplairement fraternel, et qui tendrait à gommer l’irrémédiable frontière entre nature et culture. Nous devons garder bien présent dans nos mémoires l’échec du projet de Babel.

Voilà pourquoi l’universel, que nous appelons de nos vœux dans notre fraternité, ne peut pas ressembler à ce type de contenu fondé sur l’égalité sans nuances ou sur son parangon, la domination. Nos codes nous invitent à nous arracher à toute détermination pour devenir des citoyens, des hommes, des FF critiques, autonomes et parfaitement indépendants de la nature, même si nous avons à y puiser du sens. L’humanité ne parle pas une langue, mais des langues différentes, qui toutes peuvent se traduire entre-elles et susciter la communication, l’échange. Loin de la pensée unique, ce sont nos « points de vues » particuliers qui nous obligent à nous reconnaître dans nos diversités.

La clé de l’universel est donc entre nos mains. « Deviens ce que tu es », voilà le pari et le dilemme que les maçons ont à résoudre. Alors pour ne pas être perdu dans les méandres d’une fraternité idéaliste et perverse à la fois, nous ne devrons pas hésiter à poursuivre notre réflexion et à ôter les œillères de ces indigents du savoir et de la connaissance qui peuvent aussi hanter nos couloirs et qui veulent figer nos regards.

Je voudrais conclure ce thème sur la fraternité en vous disant qu’au moment où, pour la seconde fois, je frappais à la porte du Temple, de ce Temple précisément, je ne savais pas si mes FF allaient m’accueillir la porte largement ouverte, ou si j’aurais à me courber pour passer par la porte basse. Mais la chaleur et la fraternité de votre accueil ont dissipé le doute, même si je n’ai pu m’empêcher d’imaginer avoir peut-être bénéficié d’une prime à l’ancienneté ou à l’âge ! Allez savoir…

Prochain et dernier volet à venir sur l’Amitié…

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Amitié et Fraternité 1/3

A mon tour, je vous propose en 3 volets ma réflexion sous un angle comparatif… Je pense donc que la façon binaire que j’ai choisie pour traiter le sujet de ce soir : « Monsieur, quelle différence faites-vous entre amitié et fraternité ? » ne convaincra pas forcement tout le monde. Mais, à travers cette question récurrente posée à ces profanes téméraires venus s’offrir à notre jugement, les yeux bandés et la parole balbutiante, j’ai voulu éviter le piège du consensus laudateur, ou du stéréotype qui, pour quasi unanime qu’il soit, n’en est pas moins simpliste. En effet, les réponses sont souvent sèches, du genre : C’est complémentaire !… ou bien : Les amis on les choisit… Ce qui laisserait à croire que les FF on les subit ! Alors pour ne pas vous infliger d’autres aphorismes de ce genre, j’ai pris l’option de tricoter quelques réflexions qui montreront à quel point la question a besoin de mots pour mettre ces mots en question.

En préambule, je veux dire que ceux qui me connaissent un peu, ne seront pas surpris de découvrir dans mon propos un éclairage sans concession sur ces sentiments pourtant généreux et qu’il est de bon ton, surtout dans nos maisons, d’habiller de mots attendrissants, quitte à les laisser se languir dans le vague.  Alors, comme un auditeur averti en vaut deux, ce sera pour ma part en pleine conscience que je dévoilerai mes incertitudes, qui pourront  être le starter de vos apports et de vo commentaires que j’espère amicales et fraternelles elles aussi.

Je vous invite donc à ce que nous fassions, ensemble, un petit voyage, inconfortable par moments, à travers ces délicats concepts sentimentaux que l’on doit honorer de véritables nuances. J’ai donc été chercher au fond de mes expériences sur le sujet, tous les stimuli qui m’ont marqués de leur douceur, mais aussi de leurs aspérités, et je laisserai avec complaisance aussi bien l’amitié que la fraternité revendiquer chacune pour sa chapelle ce privilège ultime dédié aux bons sentiments qu’on appelle le « monopole du cœur ».

Pour ce faire, la parole sentimentale est prête à toutes les pirouettes pour le moins paradoxales qui disent, à la fois, toute la proximité du ressenti, et cette distance qui semble à jamais infranchissable. Alors moi qui cultive, avec tous les excès de mes enthousiasmes, cette propension au débordement affectif, je me vois sans cesse ramené à la crue réalité duale de ces émotions. Voilà pourquoi je plongerai dans des définitions tantôt flamboyantes quand elles suggèreront la passion fusionnelle, explosive, et tantôt redoutables quand mon ami ou mon frère, apparaîtra comme un « étranger absolu », un « autre radical ».

A la question : Que venons-nous faire en Loge ? Nous répondons, trop souvent machinalement, faire de nouveaux progrès en franc-maçonnerie et porter au dehors la Lumière que nous avons entrevue, etc. Voilà pourquoi l’empêcheur de ritualiser en rond que je suis ne cesse de solliciter tous les gardiens du sens à désenkyster les slogans, à déshabiller ces belles idées d’amitié et de fraternité pour les découvrir tel qu’elles sont, sans fard et sans faux-semblants.

Je commencerai donc, hospitalité oblige, par la fraternité, cet état affectif pour lequel j’ai bien pris soin dans ce travail d’esquiver les leurres d’une illusoire complaisance fraternelle bafouée dans ces chapelles qui déshonorent notre projet et qui se croient autorisées à  agiter de façon bruyamment profane et inconséquente notre lanterneau maçonnique. Dans ces crises d’égo sulfureux de ceux qui s’imaginent plus blanc que blanc, plus frère que d’autres, on a en effet beaucoup de mal à discerner dans notre relation la frontière entre l’attirance et la méfiance. Un peu comme des hiéroglyphes dans l’attente de leur déchiffrage pour prendre sens. Alors nous qui spéculons sur les symboles, nous qui avons le goût de l’énigme, nous devons dépasser les simples convenances pour décoder les messages liminaires qui fondent les relations de toutes les cellules fraternelles : celle des frères de sang, des frères de lait, des frères trois points, des frères d’armes, des frères en religion, des frères ennemis, des confrères (en un seul mot, évidemment !) ; et puis celle qui fonde nos relations originelles et néanmoins assassines de « frères en humanité ».

J’entends d’ailleurs encore dans les replis de ma mémoire cette question surprenante que Dieu pose à notre ancêtre Caïn : « Où est Abel, ton frère ? », et la réponse non moins surprenante de Caïn en forme elle aussi de question irresponsable et coupable à la fois : « Suis-je le gardien de mon frère ? »

Voilà donc des questions essentielles qui révèlent, dans ces confrontations intemporelles, toute la complexité d’un irresponsable face à face fraternel qui n’a  trouvé de réponse que dans le meurtre. A travers ces terribles et froides vérités, la Bible est impitoyable. Elle vient irrémédiablement nous rappeler les bugs de ce premier brouillon d’une famille à visage humain, dont nous gardons encore le souvenir traumatisant, et qui, force est de constater, continue de polluer notre projet, aussi fraternel soit-il.

Caïn et Abel, voilà les responsables, ces pauvres frangins sans histoire, sans amour, sans câlin, sans autre projet que celui de leur égoïste subsistance qui aboutira fatalement à l’infernale mécanique assassine. Histoire sans parole et impossible dialogue de ces deux rejetons qui s’ignorent, paumés dans un Eden illusoire, où la fraternité originelle apparaît comme la source de tous les conflits et qui nous dit comment l’ignorance aboutit fatalement à la violence.

… La suite au prochain numéro !

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